LeS ChRoNiQuEs Du LaRvAiRe
"Les deux ailes en avant !" 
 

Vendredi 7 octobre 2005

Premier patient. Commercial.  Il a convulsé pendant plus de deux heures. L'IRM a révélé un gliome de bas grade. Il ne travaille plus depuis quatre semaines, il fait des crises d'angoisse, une sensation d'oppression qui lui envahit la poitrine plus de vingt fois le jour. "C'est pas le moment de flancher, avec ma femme qui vient de perdre son frère..." Il dit que j'ai l'air intelligent, et me parle d'un sociologue américain, Dale Carnegie.

Deuxième patiente. Jeune fille de dix-huit ans. Encéphalopathie depuis l'âge de un an, retard mental sévère et dix à quinze crises d'épilepsie par jour. Sa mère m'explique que le père n'a pas supporté le handicap de leur fille, elle l'a quitté et s'occupe d'elle seule. Elle s'est battue pour qu'on lui implante un stimulateur vague. Elle va quitter la région, quitter son travail pour s'installer avec elle dans le sud. Le soleil brille pour tout le monde. Je lui dis qu'elle est courageuse. Elle me dit non. "On chougne un peu au début, mais très vite on arrête, car on fait le vide autour de soi. Et puis on est heureuses toutes les deux." Au moment de partir, je lui dis :

-je vous souhaite beaucoup de bonheur.

-merci.

par Le larvaire publié dans : l'ectopique
Vendredi 7 octobre 2005
le silence en poussière sur terre
Protège la Terre jusqu'à la source
La source éclot
cachée dans les racines de la colline
éveillée comme nous
une source froide et silencieuse
L'Oeil des profondeurs
dans le firmament
Fixe et immobile dans la nuit
Loin de là
S'éveille le vaste monde
Rendu fou par un sinistre sort
Bruyant
Plein de peur de la nuit et du jour
Tes yeux
Sans peur et sereins
Sourient, brillants, posés sur moi.

 
Björk -Vökuro
par Le larvaire publié dans : l'ectopique
Vendredi 7 octobre 2005

Sténose

de la corde

vocale

 

par Le larvaire publié dans : l'ectopique
Vendredi 7 octobre 2005
Tout le monde n'a pas de voie pour être heureux.
par Le larvaire publié dans : Vérités
Vendredi 7 octobre 2005

La suprématie

règne

L'instinct majeur

La reliance

Enchevêtrement

La main innervée, la main tendue

L'ascension

Majeure

Partance Pour l'Acmé

La puissance dans les mains

Les mains puissantes

Captent

L'émotion, la passion, l'incantation

Les tendons et les aponévroses

écrasent, créent, strangulent

La main reliance

Touche le corps, caresse la peau, emporte le coeur

Le vent

Le vent périphérique

Touche la peau, caresse le coeur, emporte le corps, mort 

Les feuilles révèlent le vent

L'avant

La magie de l'air

L'air froid dans les bronches

Fissaille la peau, rifte les cornées

Mortes les feuilles

Morte la peau

Mue

Mutisme

La loi du silence

L'entropie diminue

Chute l'entropie

Le cycle, la vélocité

Une force dans les lombes

L'intelligence fait tambour

Diminuer sa dépendance, atteindre le sommet

la réalisation de soi

But majeur, pas d'autre but

La régression est-elle réversible ?

La compromission. Se détourner du But, de la Voie

S'égarer. Croire. Erreur, majeure.

Etait-ce une bonne chose de croiser son chemin ?

Notre pire ennemi,

C'est nous-même.

par Le larvaire publié dans : l'ectopique
Vendredi 7 octobre 2005
Notre pire ennemi,
C'est nous-même.
par Le larvaire publié dans : Vérités
Jeudi 6 octobre 2005

La peau vieillit, comme le chagrin ...

par Le larvaire publié dans : l'ectopique
Jeudi 6 octobre 2005
Massacre à Cluny
6 octobre 2005
 
 
Service d'exploration fonctionnelle.
 
 Le premier patient a une névralgie du IX, et un diabète qui a conduit son gros orteil gauche à la nécrose.
 
Le deuxième patient est beaucoup plus intéressant. Epilepsie temporale. Lors de ses crises, il chute, mord sa langue, et ne se souvient de rien pendant les quinze minutes qui suivent.
 C'est ce qu'il a déclaré aux autorités judiciaires à propos du massacre de sa jument, assurée pour une valeur de 25000 francs -alors qu'il avait besoin d'argent. Il s'était "fâché avec elle" mais ne l'a jamais découpée à la machette, malgré le sang qui maculait son pull...
Sa mère l'attachait au lit et le frappait avec un ceinturon. Son père était autoritaire. Le compte-rendu d'expertise indique qu'il n'a pas de relations affectives "et encore moins sexuelles". Le service militaire n'a rien arrangé.
 
La première phrase qu'il prononce est : "à trente-neuf ans, je suis toujours puceau, c'est à cause de l'épilepsie."
 
Il était plutôt séduisant.
 
On me demande d'examiner un patient aux potentiels évoqués. Il me raconte un peu son histoire : " à vingt ans, j'avais un varicocoèle, le spermogramme a révélé une stérilité, mes spermatozoïde étaient trop mous. On a adopté deux superbes enfants. J'ai refait un spermogramme à cinquante ans pour une prostatite : en fait tout était redevenu normal ! j'ai été soigné par le docteur L., qui s'occupe aussi des prothèses péniennes. Un jour, à sa consultation, je discutais avec un jeune homme, il m'a demandé de le raccompagner à l'aéroport. J'ai pris un verre avec lui, il était tout à fait sympathique. A la consultation suivante, Le pr L. m'a demandé :
"- alors, vous l'avez trouvé comment ce jeune homme ?
- très bien.
-parcequ'en fait, c'est une jeune fille que je suis en train de transformer. Pour moi, votre témoignage est le meilleur test qui existe".
 
Une matinée d'externat comme les autres ...
par Le larvaire publié dans : l'ectopique
Mercredi 5 octobre 2005

 

 

 

 

 

J'avais fait le choix de partir, c'est-à-dire qu'entre le présent et le changement, entre l'inertie et le mouvement, j'avais choisi la voie la plus entropique. Soulever le monde, tout remettre en cause comme rien n'allant de soi, accepter la solitude l'incompréhension et les reproches pour une croyance absurde que c'était mieux là-bas. Tout laisser, le bon et le gâché, restait-il une chose non gâchée ici, sans pessimisme, n'était-ce pas le destin de toute chose de finir gâchée par l'ennui ou l'oubli ? Le temps est le seul donneur de leçon que personne ne blâme et que tout le monde écoute...

Je savais bien qu'il me faudrait payer un prix, et qu'il risquait fort d'être élevé en regrets et en larmes, que les embûches seraient nombreuses avant d'arriver au bout du désert et de dire : "j'ai fait le bon choix".
J'avais traversé la Provence, le Gard et l'Hérault pour me retrouver sur les bancs d'un amphithéâtre inconnu, sermonné du sempiternel discours d'excellence ( alors même que mon ancienne faculté n'avait plus que faire de mon devenir, seul mon classement l'intéressait désormais pour ses statistiques.) Le chef des internes, dont tout indique qu'il est orthopédiste, clame :

- VOUS ALLEZ VIVRE LES PLUS BELLES ANNEES DE VOTRE VIE ! (on me l'a déjà faite en seconde et en deuxième année celle-là) CERTAINS D'ENTRE VOUS VONT MEME FAIRE DES ENFANTS !

***

IL FAUDRA APPRENDRE A CHANTER ! hurle-t-il plus tard alors qu'il s'était assoupi pendant le discours de nos "partenaires privilégiés" de l'AGMF...

Je rencontre ma dream team de cointernes. Dans le désordre : une bourgeoise angoissée, une maghrébine désoeuvrée, un serial killer, un deschien, la fille cachée d'obélix, et moi, de quoi ai-je l'air dans mon t-shirt blanc cotelé moulant et mes cheveux trop longs imbibés de gel bon marché ?

S'en suit le mouvement douloureux, la raison de notre présence ici...
 
***


Qu'aimerais-je faire ? Tiens, les urgences psychiatriques ce serait bien... Je pourrai être tout de suite formé, je verrai des conjugopathies, les cas sociaux, les schizophrènes qui décompensent... la vie quoi.

-Suzanne, tu veux faire les urgences psychiatriques ? parfait !
 
***
 
"Tu ne vas pas te plaindre d'être troisième ? tu as la spécialité que tu veux dans la ville que tu veux". Cette phrase, je ne l'ai pas pensée.
 
Obélix prend le 19. On me conseille finalement de prendre le B2. Quand je demande à Cécile ce que signifient ces chiffres, B2, 19, 25 elle se moque de moi en me disant "ouh là, toi les chiffres ça t'angoisse !". Connasse.. et c'est sa réponse.
 
J'hésite. B2 à montpellier ou B3 à Nîmes ? Prends B 2 !!
 
Le moment du choix. J'annonce le B2, calmement.
 
Tout le monde se sépare. Je vais me présenter dans mon pavillon.
 
***
 
L'infirmière se fige quand je lui annonce que je vais être l'interne du prochain semestre. Elle m'emmène dans le bureau médical où je m'assois face à une interne de dernier semestre dont le prénom -françoise- et l'apparence me signalent que nous ne sommes pas de connivence dans la même génération.
 
- tu es en quelle année ?
 
-c'est mon premier semestre...
 
Ses pupilles fatiguées se dilatent brutalement.
 
-MAIS QUE FAIS-TU LA ?
 
- ben le poste n'a pas été pris par les internes des années supérieures..
 
- ah, tu n'avais pas le choix ! moi aussi j'étais mal classée !
 
-mais si j'avais le choix, j'étais troisième sur neuf...
 
- MAIS ALORS POURQUOI ES-TU VENU ICI ?
 
- je chuchote : parcequ'on me l'a conseillé...
 
-je ne vois pas qui peut conseiller un stage pareil ! Ici l'équipe infirmière déteste les médecins, qui par ailleurs ne sont jamais présents, ce sont les internes qui font tourner le bateau ! TU N'APPRENDRAS RIEN ICI ! ce stage je l'ai pris pour avoir du temps mais toi tu n'en as rien à foutre c'est d'être formé qui compte et ça tu ne le trouveras pas ici ! Je pense même que ce poste ne va pas tarder à être supprimé...
 
Elle s'aperçoit tardivement de ma mine déconfite.
 
-oh tu sais tu n'es pas le premier qui commence par un semestre pourri...
 
-MAIS J'AVAIS LE CHOIX !!!
 
En fait je n'ai pas du tout dit ça.
 
Je lui ai demandé, la gorge serrée, si elle avait un livre à me conseiller avant de commencer.
-"Psychopharmacologie", il est très bien.
 
L'histoire révélera que ce livre coûte rien moins que soixante-dix huit euros.
 
 
 
 
 
 
Je marche seul dans les rues du centre-ville.
 
"Tu vois toujours tout en noir."
 
" Tu ne retiens que les mauvaises phrases"
 
"Tu aurais pu mieux faire".
 
 
Toutes ces phrases prononcées par le même absent.
 
"Tu prends un petit élément qui ne va pas et tu en fais une montagne". Cette phrase je ne l'ai pas pensée.
 
J'attends toujours, depuis six mois j'attends et je redoute dans la stupeur et les tremblements... mon avenir.Je pense déjà à mon deuxième semestre. Je vais prendre la médecine légale. J'ai envie de découper des cadavres.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Mercredi 5 octobre 2005

Le mercredi est la journée des THADA, les Troubles Hyperactifs Avec Déficit de l'Attention. Autant dire que c'est la journée des enfants insupportables, et qui est en première ligne pour leur dire de ne pas bouger pendant l'examen ?

Je vois Julien, treize ans, en quatrième. Yeux bleus. L'infirmière, Marie-Christine, dit : "il a des yeux magnifiques". Je dis : "oui, c'est vrai." Il me regarde, surpris. Il n'a pas l'habitude d'entendre des mots doux, des mots séducteurs dans la bouche d'un homme. Je suis en passe d'être adulte, d'être père. Je lis le dossier :

"insulte sa mère, ne suit pas à l'école, complexe sur son poids."

L'infirmière me dit : "tu devrais l'écrire dans ton mot.

 Je réponds :

- Qu'y-a-t-il de pathologique ? L'école est faite pour être subie, et les mères pour être insultées, c'est bien naturel...

Je regarde Julien et lui dis : "C'est normal de commencer à s'épaissir avant la puberté. Tu verras, dans quatre ans tu seras un tombeur, et à ce moment-là, tu auras ta vengeance. Mais tâche de ne pas abuser du pouvoir que tu auras acquis à ce moment-là, il a son revers.."

par Le larvaire publié dans : l'ectopique
 
 
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