Gabriel
s'attend
à plus
qu'un sentiment

qu'un baiser
brûle sa peau
les deux ailes en avant
Trente secondes après mon départ le Moscou-Paris se lève blizzard coupant la poussière de diamant fissure mon épiderme virginal je souffre pas pris de bonnet ni d'écharpe je passe comme d'habitude devant l'école juive les juifs ça m'excite le premier mec que j'ai aimé était juif je savais pas ce que c'était l'étoile de David avant de la voir briller sur un beau torse basané et velu je lis sur le visage des automobilistes la compassion eh oui je suis le martyre cycliste j'inhale le dioxyde de soufre pour vous permettre de rouler en Diesel en écoutant France Info c'est quand même pratique des arcades sourciliaires quand il pleut à défaut d'avoir des garde-boues j'arrive au pied de la colline je termine à pied je suis trempé attention scatologie une divinité (c'est-à-dire plus prosaïquement un chat) est en train de chier comme chaque matin sur la pelouse mais sa merde se cristallise progressivement il n'arrive plus à pousser il force il force l'étron se casse comme il a l'habitude de bouffer sa merde il ne s'en prive pas c'est un esquimau au chocolat je traverse le Pont Churchill je change de kekkaï j'escalade le grand escalier les marches quatre à quatre c'est mon entrainement de chevalier d'acier je parviens au sommet enneigé de la colline devant moi se dresse le GRAND HOPITAL de la ville avec son horloge qui appelle la foudre comme dans Retour vers le futur j'entre dans le service des petites flaques se forment autour de moi floutch floutch mon chef de service me dit bonjour avec un sourire pincé-coincé il ressemble à Desty Nova et paf il fout le verre à trois miroirs dans l'oeil d'une femme c'est une sourde congénitale couturière elle m'impressionne lire sur les lèvres c'est fort quand même elle a des yeux de langouste des yeux myopes ie trop longs par rapport à la convergence du cristallin décollement de rétine elle dit j'ai pas pris mes gouttes ça pique je préfère l'homéopathie le chef l'engueule bien en face pour lui montrer qu'il n'est pas content elle est morte de rire Mathieu à ma droite l'interne qui sort de la star'ac conscient de sa bogossitude il me fait bander mais trop hétéro probablement qui sait dommage que je sois pas aussi canon que lui pour essayer de lui faire des avances ya Arnaud aussi un mètre quatre-vingt quinze j'adore les masses moi aussi je veux AUGMENTER LA MASSE DEVENIR LA MASSE LE ROCK augmenter la masse musculaire épuiser le coeur accélérer la sénéscence et l'angor manger quatre-cent grammes de viande par jour et des haltères de douze kilos malheureusement c'est génétiquement réglé tant pis je reste bien foutu avec mon mètre quatre-vingt enfin soixante-dix-neuf mais quatre-vingt ça fait plus clâsse ... patiente suivante marocaine le diabète au Maghreb c'est catastrophique je dis ils devraient intégrer une sourate sur les préceptes du diabétique dans le coran les patients suivraient mieux leur traitement visite terminée je me barre RDV banque Succession de Mère Grand des sous ça fait toujours plaisir ... Joyeuse Saint-Valentin, je me la souhaite à moi-même puisque je n'aime personne et que personne ne m'aimeuh : appelez-moi Caliméro. Jvais offrir des fleurs à ma main droite elle a bien travaillé depuis quatre ans...
(14 mars 2003)
C’est terrifiant.
J’ai atteint le Point.
L'intersection de deux ellipses.
Le point vacant
Le vide autour, le vide en moi.
Le Bien.
J’ai survécu à l’hiver.
Le Soleil (le Haut),
Le Corps (le Bas),
La Chaleur (le Pont).
Le soleil est vibration
Le corps est résonance
Envahi par mon corps
Emmêlé de mélanine
L’amour en moi, l’amour pour moi
Je suis Un,
Autarcique
Puissant
L'iguane est mon totem
La fin de la première quête
Le point de suspension
Le centre du Maelström
Le chaos, de haut
Je marche sur mes erreurs ...
17 mai 2004
Les protagonistes changent, mais pas les textes : je parle toujours de la même personne, tout le monde parle toujours de la même personne. C’est la sempiternelle déclinaison de l’Instant Premier.
Log-in dans le cube virtuel, nous jouons comme des petits dieux, nous transperçons nos corps de bonzes à coup de sabre ou de lance jusque tôt le matin. Et le moindre de ses gestes donne à l’oxygène un mouvement magnétique qui suggère à mes artères de se dilater pour faire passage aux chars de la Préemption Charnelle.Le contact, probatoire.
***
Je suis l’Ouranos qui pèse sur sa Terre d’Afrique, sa peau est une résine adsorbante de fer et de sable, elle fixe chacune des molécules de mon humidité dans un bruit crépitant, et restitue l’énergie solaire accumulée au fil des jours dans une fluorescence qui scinde les molécules de mon sang. Ma peau s’allergise au contact du tissu quand mon corps est amoureux. Libéré du lin, je glisse entre ses draps, je suis le serpent ailé de Mu. La lime de ses ongles incise finement mais profondément mes omoplates et libère les blattes grouillantes de la frustration, enkystées comme autant de blastomères énucléés à la petite cuillère. C’est ce qui pouvait arriver de mieux à mon esprit : la dissolution de l’assemblée. Dans la pièce aux volets cassés, mes tympans se font tambour et l’air est si pleinement vidé de ses photons que l’influx nerveux s’inverse dans mes voies optiques : mon cerveau devient
émetteur dans le cosmos.
-oh merde, oh merde (il sort son portable) allô Georges-alain ? Je suis rue F., je viens de garer la voiture et j’ai ouvert ma portière sans regarder, je viens de ramasser un gone (mon visage prend une expression de sévérité extrême, il raccroche. Il gémit : ) c’est ma faute, ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé, c’est ma faute !
-oui.
-vous êtes pâle, vous êtes sous le choc ?
-non, je suis excédé.
-vous voulez aller à l’hôpital ? Il y en a un pas loin…
-je sais, j’y vais tous les matins.
La douleur signale la faute après.
rubor, dolor,calor, tumor
L’hémoglobine sur le bout de la langue,le goût du métal
Chaleur, Douleur, Rougeur,la trinité du traumatisme,
le Corps Vivant,
L'érythème naissant
Douleur exquise.
son père lui a donné ce prénom pour l'intégration c'est plutôt réussi étudiant en pharmacie mon dealer qui pisse sur moi douche dorée- non à côté de moi- je l'aime putain je l'aime vraiment comme si de rien n’était Arnaud me dit que l’arbre sur lequel il pisse est un magnolia et qu’il a vomi un peu partout dans ce jardin et me propose de me donner un coup de râteau pour en finir avec ma nuque je refuse : je voudrais : qu’il vise : plus haut : le tronc cérébral : tant pis : mais merci : d’avoir proposé. Il me dit qu’il m’aurait achevé - ému merci - car sais-tu que mon souhait secret est d’être tué par un homme que j’aime ? (c’est mon côté tokyoïte) il me dit arrête tes conneries c'est indigne de ton intelligence
Je réduis l’espérance- de vie et de transcendance.


Je savais bien qu'il me faudrait payer un prix, et qu'il risquait fort d'être élevé en regrets et en larmes, que les embûches seraient nombreuses avant d'arriver au bout du désert et de dire : "j'ai fait le bon choix".
J'avais traversé la Provence, le Gard et l'Hérault pour me retrouver sur les bancs d'un amphithéâtre inconnu, sermonné du sempiternel discours d'excellence ( alors même que mon ancienne faculté n'avait plus que faire de mon devenir, seul mon classement l'intéressait désormais pour ses statistiques.) Le chef des internes, dont tout indique qu'il est orthopédiste, clame :
- VOUS ALLEZ VIVRE LES PLUS BELLES ANNEES DE VOTRE VIE ! (on me l'a déjà faite en seconde et en deuxième année celle-là) CERTAINS D'ENTRE VOUS VONT MEME FAIRE DES ENFANTS !
***
IL FAUDRA APPRENDRE A CHANTER ! hurle-t-il plus tard alors qu'il s'était assoupi pendant le discours de nos "partenaires privilégiés" de l'AGMF...
Je rencontre ma dream team de cointernes. Dans le désordre : une bourgeoise angoissée, une maghrébine désoeuvrée, un serial killer, un deschien, la fille cachée d'obélix, et moi, de quoi ai-je l'air dans mon t-shirt blanc cotelé moulant et mes cheveux trop longs imbibés de gel bon marché ?
S'en suit le mouvement douloureux, la raison de notre présence ici...
Qu'aimerais-je faire ? Tiens, les urgences psychiatriques ce serait bien... Je pourrai être tout de suite formé, je verrai des conjugopathies, les cas sociaux, les schizophrènes qui décompensent... la vie quoi.
-Suzanne, tu veux faire les urgences psychiatriques ? parfait !
Mers, campagne, parfums m'emplissaient d'une vie odorante et je mordais dans le fruit déjà doré du monde, bouleversé de sentir son jus sucré et fort couler le long de mes lèvres.

