L'amour

Publié le par Le larvaire

« Depuis que sa mère était morte, May était le seul être pour qui il ne fut pas Kyo Gisors, mais la plus étroite complicité. « Une complicité consentie, conquise, choisie » pensa-t-il, extraordinairement d’accord avec la nuit, comme si sa pensée n’eut plus été faite pour la lumière.
 
« Les hommes ne sont pas mes semblables, ils sont ceux qui me regardent et me jugent, mes semblables, ce sont ceux qui m’aiment et ne me regardent pas, qui m’aiment contre tout, qui m’aiment contre la déchéance, contre la bassesse, contre la trahison, moi et non ce que j’ai fait ou ferai, qui m’aimeraient tant que je m’aimerai moi-même, jusqu’au suicide, compris… Avec elle seule j’ai en commun cet amour déchiré ou non, comme d’autres ont des enfants malades et qui peuvent mourir… ».
 
Ce n’était certes pas le bonheur, c’était quelquechose de primitif qui s’accordait aux ténèbres et faisait monter en lui une chaleur qui finissait dans une étreinte immobile, comme d’une joue contre une joue – la seule chose en lui qui fut aussi forte que la mort. »
 
 
 
André Malraux, « la condition humaine ».
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Publié dans Dictionnaire du diable

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