Les indésirables

Publié le par F.


« le problème des homos, c’est qu’ils n’arrivent pas à vivre parmi les hétéros. Moi j’ai vécu dans une cité, je tenais la main à mon copain et personne ne m’a jamais fait chier. Ce sont les homos qui sont hétérophobes. »Eric est celui de mes amis dont le score de pureté atteint l’acmé (316, au delà c’est l’incarcération… mais s’il faut avoir la syphilis pour dépasser les 300, ce sera sans moi). Il est tombé amoureux de moi, ce qui était dommage.

Je fréquente peu d’homosexuels. Je les recherche pour mes nuits, je les fuis dans mes journées, à quelques exceptions près. Eric a raison. Je déteste l’idée de faire d’un trait sexuel un dénominateur commun à mon entourage. La propension à la victimisation de la communauté homosexuelle n'a rien à envier à celle de la communauté juive...

La plupart des homosexuels que j'ai connu ont des défauts féminins : beaucoup sont des langues de putes, d’autres croient à des amours de collégiennes, les derniers enfin souhaitent fonder le bonheur parfait dans un cadre conventionnel et surprotégé. Il paraît que c’est ce à quoi nous aspirons tous. Etrangement, quand on m’a demandé mes trois vœux et que j’ai cité – entre autres- « connaître un amour réciproque », on m’a taxé de conformisme. Dans mon cas, si l’amour était si banal, je crois que je l’aurais déjà croisé une fois.

C’est-à-dire que je fais parti des indésirables. De ceux qui vont là où on ne les attend pas, ceux qui s'exposent dans le no man’s land où l'avenir se joue, pas sur le papier mais là, dans la vie réelle, dans l'esprit de ceux qui nous entourent. Faire bouger les choses, grande illusion individuelle mais mouvance historique ! Même si on a fait tomber des fatwas législatives à coups de manifestations communautaires, les artisans de l’ombre sont là pour assurer le continuum. Les plus militants les traitent de lâches, de refoulés. Faire changer les esprits, c'est bien plus efficace allongé sur un lit à siroter du muscat, que dans la rue à hurler des acronymes arrogants.

Refoulé, vilain mot ! Employé à tort et à travers, dans l'incongruité la plus complète... Quand on s’annonce bisexuel, par exemple. Intolérable pour un camp comme pour l’autre. « Tu es encore jeune, tu verras, à 25 ans ! » « Mais comment est-il possible d’être attiré par un corps d’homme et par un corps de femme, ça n’a rien à voir ! » . Etroitesse ! Accueillir le féminin dans un corps d’homme, faire brûler le masculin dans un corps de femme, le dandy et l’amazone, en voilà une réalisation. Jouer de l’identité, accueillir la nouveauté…

J’ai beaucoup ri devant une réplique de la série « six feet under » (saison 1 épisode 7) :
Brenda dit à propos de son frère schizophrène : « Mon frère est bisexuel et il est MALADE, tu comprends ? ». Mort de rire...

Ceux que j’appelle "mes meilleurs amis", ce sont des hommes que j’ai aimé sans avoir le droit de les avoir, même pour une heure. Et ils l'ont toujours su. Le premier, je lui ai donné une lettre à la bibliothèque. Il a d’abord cru à une farce, puis m’a finalement répondu : « ben j’ai une copine depuis deux ans mais si tu veux parler pas de problèmes. » J’ai beaucoup ri. Le plus dur était fait. Le contact. J’ai ri, j’avais envie de répondre « et alors ? », mais il ne fallait pas trop en faire…

J'ai été plusieurs fois surpris de tout ce que je pouvais apporter à un homme sans coucher avec lui. Et je n'ai jamais fait de carrière de victime.

L’histoire a révélé que son père avait quitté sa mère et s’était installé avec un homme. Je suis tombé absolument amoureux de lui, c’est à lui que j’envoyais ma première pensée le matin. il m'a confié un jour qu'à 9 ans, il s'était dit que s'il devait aimer un homme, ce serait le chef de son équipe de handball. Cet homme faisait 1m84 et 85kg, et l'entendre prononcer cette phrase valait tous les sacrifices.

Et je me suis rendu compte que je pouvais ainsi aimer une infinité de personne de cette façon, j’ai lu ça quelque part chez ma grand-mère, dans un livre écrit il y a quelques deux mille ans …

...
Publicité

Publié dans La trivialité

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
D
Touché. Par ces « lignes sœurs » qui me traversent bien souvent en pensées. Alors les voir écrites à quelque chose de momentanément rassurant. Rassurant(beurk …) ce n’est pas forcement le mot que je préfère mais de temps en temps, à force d’être sur ce fil de l’entre deux, du non-choix parce que pas envie, on finit par trouver moins drôle la perte d’équilibre. A l’heure où le discours « amoureux » hétéronormé comme l’homonormé me provoque des dissonances et me forcerait parfois à marcher tout seul en Rimbaldie, je suis content de lire tes mots.<br /> Parfois c’est grisant, parfois déstabilisant ; perdu entre l’envie des sensualités diverses, et l’envie juste de se poser trankilou bilou, de souffler en confiance, sans être jugé, sur une aire de repos, aux carrefours de tous les possibles.<br /> J’arrête mes blablabla….. ça m’a fait du bien, de te lire.<br />
Répondre