Guerre en équipe

Publié le par F.


Guerre en équipe
(27mars 2003)


"Les groupes humains d'au moins trois personnes ont une tendance apparemment spontanée à se scinder en deux sous-groupes hostiles"
Michel Houellebecq


Personne, as usually. Routine cérébrale. L’externe se rend dans la salle de soins.

Une infirmière s’exclame dans l’office : « Ce que ça pue dans la salle des internes !!! J’ai été obligée d’ouvrir la fenêtre, tellement ça sentait le renfermé et le pied qui pue !!!
-C’est normal, répond l’infirmier, ils se reproduisent entre eux »

L’externe retourne dans la salle des internes, son domaine, pour vérifier. La fenêtre est grande ouverte… Il entend un vrombissement, le bruit du crématoire ou l’écho de la guerre ?
Il aime quand on l’attaque sur ses laisser-allers hygiénique, alimentaire et odorifère (mais son effluve n’a pas toujours déplu). Autant d’ingrédients pour une virilité non truquée. Mesdemoiselles, qui déplorez la perte des valeurs séductrices d’Adam, vous qui souhaitez secrètement ou manifestement le retour du schisme des sexes, vous qui tour à tour prônez ou accablez le respect de la Nature, réjouissez-vous : le Nouveau Mâle est arrivé, et il pue !!

Il lui manque un dossier, il retourne dans la salle de soins. Il croise l’infirmière. Elle a vingt-cinq ans au plus, carré long, yeux dessinés, mignonne. Gentille conne. Elle lui sourit : « Je suis désolée pour tout à l’heure, mais c’était la vérité ! » (Il n'a aucun intérêt à répliquer. Il s’approche et charge son regard de toute la concupiscence dont il est capable)

- "En ma qualité de jeune mâle à l'apogée de sa puissance sexuelle, de surcroît socialement bien assis, bref, le pilier de la société de production, le canon à sperme, j'ai le droit de sentir le nauséabond si ça me chante, et j'ajouterai même que les femelles dignes de ce nom se doivent d'être excitées par mon effluve unique et pénétrant."

En fait, il n'a pas du tout dit ça.

- "Nous aimerions bien nous reproduire entre nous, mais nous manquons de femelles. Quant à moi, je ne crois pas que ce soit pendant les deux heures que je passe ici chaque matin que je puisse y laisser ma trace, mais je penserai peut-être à uriner sur les murs. "

Il est misogyne. Il ne hait pas les femmes, mais il abhorre la féminité. D’ailleurs les plus misogynes autour de lui ne sont pas des hommes. Ce n’est pas leur faute : au commencement l’homme et la femme ont la même âme mais elle est modelée différemment par le corps. Le jardin de l’âme des femmes est pollué par l’œstrogène, celui de l’homme est galvanisé par la testostérone.

Les études sur les opérations de réassignement sexuel ont montré que les hommes qui devenaient des femmes étaient beaucoup plus enclins à la dépression après leur changement de sexe, contrairement aux femmes qui deviennent des hommes. Et pour cause : l’opération est précédée par deux ans de traitement hormonal castrateur.

Il fait beau dehors, le soleil l’appelle. Il saute par la fenêtre, on l’a ouverte pour lui. Il plonge son visage dans l’air froid et pur de mars, l’air qui dissout les pétales de cerisier.
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Publié dans l'ectopique

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