beaucoup de bonheur
Premier patient. Commercial. Il a convulsé pendant plus de deux heures. L'IRM a révélé un gliome de bas grade. Il ne travaille plus depuis quatre semaines, il fait des crises d'angoisse, une sensation d'oppression qui lui envahit la poitrine plus de vingt fois le jour. "C'est pas le moment de flancher, avec ma femme qui vient de perdre son frère..." Il dit que j'ai l'air intelligent, et me parle d'un sociologue américain, Dale Carnegie.
Deuxième patiente. Jeune fille de dix-huit ans. Encéphalopathie depuis l'âge de un an, retard mental sévère et dix à quinze crises d'épilepsie par jour. Sa mère m'explique que le père n'a pas supporté le handicap de leur fille, elle l'a quitté et s'occupe d'elle seule. Elle s'est battue pour qu'on lui implante un stimulateur vague. Elle va quitter la région, quitter son travail pour s'installer avec elle dans le sud. Le soleil brille pour tout le monde. Je lui dis qu'elle est courageuse. Elle me dit non. "On chougne un peu au début, mais très vite on arrête, car on fait le vide autour de soi. Et puis on est heureuses toutes les deux." Au moment de partir, je lui dis :
-je vous souhaite beaucoup de bonheur.
-merci.